Centrale photovoltaïque de Giuncaghju : une réalisation qui contribuera à l'indépendance énergétique de la Corse

Centrale photovoltaïque de Giuncaghju : une réalisation qui contribuera à l'indépendance énergétique de la Corse

Rédigé le 11/10/2019

Retrouvez le discours du Président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, lors de l'inauguration de ce site qui permet de réhabiliter une ancienne carrière et d'alimenter plusieurs centaines de familles en énergie renouvelable

Monsieur le Maire de Giuncaghju,
Monsieur le Maire de Pancheraccia,
Monsieur le représentant du Président du Conseil exécutif de Corse,
Monsieur le Président de l’Adec,
Monsieur le Sous-Préfet,
Mesdames, Messieurs les responsables de Corsica Sole,
Mesdames, Messieurs les membres du personnel de Corsica Sole,

Nous voici à Giuncaghju pour inaugurer un projet industriel écologique. L’alliance de ces termes « industriel » et « écologique » fut longtemps un oxymore. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous en sommes heureux.

Vous savez tous aussi combien l’indépendance de la Corse est notre fil rouge, notre fil vert. L’indépendance énergétique est depuis longtemps l’un des moyens technologiques de l’accession à l’indépendance politique et économique. Dans les années soixante-dix, on pariait déjà, mais à tort, sur des prospections pétrolières au large de la Marana. Aujourd’hui, il nous suffit de lever la tête et de regarder la lumière du soleil, de la capter, de la transformer. L’indépendance énergétique zéro carbone, c’est cette vision de la Corse qui se retrouve au centre du monde, une Corse qui ambitionne autre chose que d’être seulement une périphérie raccordée ou alimentée par le reste du monde. Si l’Islande alimente l’Angleterre en électricité, est-ce seulement en raison de sa géothermie particulière ou aussi en raison de choix politiques audacieux faits par ce petit Etat ultra-insulaire ? 

Votre collaboration avec l’un des groupes les plus en vue, celui d’Elon Musk, Tesla, illustre combien le monde d’aujourd’hui est plus complexe qu’auparavant, combien le monde d’aujourd’hui nous offre de multiples opportunités afin de vivre pleinement le monde de demain, connectés au reste du monde grâce à l’énergie que nous pourrons produire ici, avec une technologie parfois venue d’ailleurs, mais aussi une technologie développée par nos propres chercheurs qui travaillent sur les plateformes de Myrte ou de Paglia Orba. L’école d’ingénieurs de l’Università di Corsica Paoli tech qui forme d’excellents ingénieurs est également un levier pour le développement de la filière ENR dans toute sa diversité. Voici la Corse que nous voulons et que nous devons mettre en lumière.

La centrale photovoltaïque « nouvelle génération » de 5 MWc que nous inaugurons aujourd’hui sur une ancienne carrière, permet de réhabiliter un site et d’alimenter plusieurs centaines de familles en énergie renouvelable, l’équivalent de 10 000 personnes pour les 4 sites de l’appel à projets. Contrairement aux refrains trop souvent entendus, il est aujourd’hui possible de stocker de l’énergie à grande échelle. C’est justement ce que la technologie Powerpack de Tesla permet de réaliser, associé avec un système de gestion de puissance de Nidec. Dire qu’il est possible de stocker c’est une chose, dire que les ENR sont aujourd’hui plus compétitives que les énergies fossiles, y compris le gaz, cela en est une autre. C’est pourtant aujourd’hui le cas. Les ENR ne sont plus seulement une lubie écologiste, un besoin au nom de la lutte urgente contre le réchauffement climatique, ou une solution technologique parmi tant d’autres, les ENR sont compétitives et cela se vérifie chaque jour.

Le coût de ce projet lancé en 2016, de l’ordre de 20 millions d’euros, serait aujourd’hui bien plus faible tant les prix des technologies n’ont cessé de chuter. Les ENR c’est un peu comme l’informatique, plus le temps passe, plus les outils sont puissants et abordables. La différence réside en ceci que le choix de l’énergie engage pour une longue période. Une centrale, fut-elle photovoltaïque, a une durée de vie plus de dix fois supérieure à un ordinateur ou à un smartphone. En ce sens, il nous faut cesser de temporiser la transition énergétique. Il nous faut l’accélérer. C’est, je le crois, l’objet du consensus trouvé lors du dernier conseil de l’énergie, de l’air et du climat et sur lequel l’Assemblée de Corse aura à se prononcer à la fin du mois. Ce consensus a permis d’acter le besoin d’une énergie de transition, d’une réduction de la centrale du Ricantu, qui sera alimentée au gaz, et d’un redéploiement des crédits sur les ENR et le stockage, ainsi que la poursuite du soutien à la maîtrise de l’énergie. Notre objectif est réaffirmé, c’est l’indépendance énergétique zéro carbone, zéro énergie fossile, 100% locale, bien avant 2050. Cela passera aussi par des mesures législatives et réglementaires sur lesquelles nous travaillons afin de développer une écologie intelligente au nom de laquelle il ne serait plus possible de bloquer des projets de développement des ENR et du stockage sous de faux prétextes. Je ne veux pas dire que tout doit être permis, mais tout doit être réfléchi, en bonne intelligence, particulièrement avec les territoires. C’est aussi pour cela que nous avons demandé à l’Agence de l’urbanisme et de l’énergie de la Corse la réalisation d’une étude indépendante sur l’ensemble du potentiel ENR de la Corse.

Il me serait impossible d’évoquer nos villages, sans évoquer l’enjeu financier et économique que la relocalisation de l’énergie représente pour eux. Nous assistons au déclin de la production centralisée de l’énergie. L’enjeu n’est pas que symbolique. Au niveau économique, c’est colossal, lorsque l’on sait qu’avec le photovoltaïque, un Mégawatt, c’est un emploi. 
C’est aussi une ressource pour la commune et un exemple pour la Corse afin d’illustrer au plus près de chacun que tout le développement ne viendra pas d’ailleurs, et qu’au contraire, il nous appartient, par nos mains et par notre intelligence, d’y croire, de le concevoir et de le réaliser. Je crois que c’est précisément ce que la société Corsica sole a réalisé depuis maintenant une dizaine d’années.

Enfin, je voudrais vous faire part de notre volonté de supprimer les quotas qui ont bridé le développement du photovoltaïque. Dans la nouvelle PPE, s’il nous faut inventer un mix énergétique et soutenir toutes les ENR, il serait en effet absurde de stopper le développement de telle ou telle filière, notamment la filière solaire dans une île de Méditerranée… 
Sachez, je souhaite vous le dire de vive voix, que le développement des ENR et des entreprises corses du secteur des ENR est pour nous une priorité absolue. Je tenais à vous le dire, même si j’ose croire que les démarches que nous menons sur le sujet vous donnait déjà à le savoir depuis plusieurs mois. Nous sommes résolument à votre écoute et cela n’a pas vocation à changer. Je vous l’assure.

Je vous remercie.