Les processus de radicalisation et de diversion

Les processus de radicalisation et de diversion

Rédigé le 24/05/2019

A la veille de cette session agitée par l’actualité politique insulaire, le Président du Conseil Exécutif est intervenu dans le quotidien régional en recourant à des mots très durs pour commenter cette actualité en ciblant les services de l’Etat: « croisade », « déclaration de guerre », et même « assassinat politique ».
 
Ces excès ne sont pas neutres. Ils consistent à désinformer l’opinion sur des sujets cruciaux tels que la DSP sur le très haut débit numérique et le rétablissement de la cartographie des ESA, le but étant de désigner l’Etat comme responsable de ces situations d’échec et de dégrader davantage encore nos relations institutionnelles.
 
Concernant la DSP sur le très haut débit, l’exécutif tente de faire passer cette procédure en annulation pour « un coup politique ». Or, il convient de rappeler que le contrôle de légalité s’exerce dans l’intérêt de tous et qu’il ne s’agit pas de mettre en cause le Conseil Exécutif mais bien les anomalies éventuelles contenues dans le marché. Cette vigilance ne devrait pas froisser les tenants de la « Maison de Cristal » qui prônent la transparence aussi bien dans l’action que dans les procédures de marchés publics. Avant de s’insurger et de manipuler l’opinion, attendons l’avis du tribunal administratif. Il y a tous les jours à tous les échelons institutionnels des recours formulés sans qu’il leur soit donné une dimension malveillante ou politique.
 
De même pour le protocole d’accord sur le comité de suivi des permis de construire proposé par l’exécutif, protocole d’accord qui, en plus, n’a pas été négocié en amont. Le contrôle de légalité, compétence de nature régalienne, ne saurait se voir supplanté ou assorti de ce comité.
 
On en oublierait presque que c’est bien la Collectivité qui est compétente pour tout ce qui est inhérent au PADDUC, en l’occurrence la cartographie des ESA – dont on nous propose le rétablissement rapide avant même de connaître le contenu de la décision de la Cour Administrative d’Appel – et la classification des plages du PADDUC d’où découle la polémique sur les paillotes, la préfecture octroyant les AOT sur le domaine public maritime en application du PADDUC. Si l’on suit le raisonnement des nationalistes, aurait-il fallu que la Préfète n’applique pas le PADDUC voté par l’Assemblée de Corse ?!
 
 
 
Ce bras de fer sciemment alimenté par la majorité ne sert pas la Corse puisque les sujets fondamentaux sont au point mort : déchets, ESA, paillotes, haut débit, etc… Il est plus que temps de mettre un terme à l’orchestration de la dégradation des relations entre la CDC et l’Etat pour parvenir à un partenariat fertile dans l’intérêt de tous.
 
Si nous sommes bien conscients que l’exercice des responsabilités s’avère être une lourde charge semée d’embuches, nous considérons que l’action publique territoriale et la parole de l’exécutif doivent servir le bien commun et non satisfaire une base militante désireuse de perpétuer un conflit stérile.
 
La parole et le positionnement de la majorité s’assimilent à un processus de radicalisation dont la définition donnée par le sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar est la suivante : « Par radicalisation, on désigne le processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux, qui conteste l’ordre établi ». Un processus particulièrement efficace et dangereux auprès des plus jeunes dont on veut ensemencer les esprits que tout ce qui émane de l’Etat ne serait qu’entrave à l’origine de tous les maux dont souffre notre île. A la veille d’échéances électorales, il semblerait que la majorité cherche à contenter sa base et ce, au détriment de la Corse, de sa réussite et de son avenir.
 
Une rhétorique radicalisée pour mieux faire diversion. On désigne un coupable, l’Etat, pour justifier une série d’échecs alors même que la Collectivité dispose de compétences et de leviers qu’elle se refuse d’activer. Prenons les seuls exemples de la cartographie des ESA ou des AOT sur le littoral qui pourraient trouver une issue par une révision du PADDUC ; une révision que nous appelons de nos vœux depuis plusieurs années, non pas pour tout bétonner comme la majorité veut nous caricaturer, mais bien pour parvenir à doter la Corse d’un document de planification réaliste, applicable et opérationnel.