Exposition du FRAC Corsica "La Mer Monde" Ange Leccia - Église du Couvent - Mursiglia

Morsiglia

Du vendredi 03 juillet 2026 à 10:00 au lundi 31 août 2026 à 18:00

Exposition du FRAC Corsica "La Mer Monde" Ange Leccia
Du 3 juillet au 31 août
Église du Couvent - Mursiglia

La Mer Monde
Ange Leccia
L’exposition La Mer Monde réunit dans l’église du couvent de Morsiglia deux gestes emblématiques d’Ange Leccia : La Mer, œuvre de la collection du FRAC Corsica, et Arrangement. Globes terrestres, installation lumineuse composée de 228 globes.

La Mer est une vidéo silencieuse en boucle, conçue comme un plan-tableau. Le motif est simple : la Méditerranée, filmée par temps de tempête au-dessus de la plage de Nonza, depuis le château en ruines de la Sassa. Mais Ange Leccia fait basculer l’image à 90 degrés. La ligne d’horizon disparaît. La mer cesse d’apparaître comme une étendue ouverte vers le lointain ; elle devient une surface verticale et mouvante. L’image reste reconnaissable, mais elle échappe à sa lisibilité immédiate. Elle devient moins un paysage qu’une expérience physique du regard.

La version de La Mer conservée dans la collection du FRAC Corsica date de 1991. Depuis lors, Ange Leccia n’a cessé de revenir à ce motif. Il en existe une dizaine de versions, reprises au fil des transformations techniques de l’image, du Super 8 au numérique, du Hi8 à la 4K. Chaque nouvelle version réactive la précédente. À Morsiglia, La Mer est ainsi présentée dans une version de mars 2024, qui prolonge ce principe de reprise et d’actualisation.

Cette logique de réactualisation se retrouve également dans Arrangement. Globes terrestres. La première version de cette œuvre est présentée en 1991 à la Biennale de Lyon. Plus de trente ans plus tard, Ange Leccia en réalise une seconde version pour le festival Noor Riyadh, en Arabie saoudite. À Morsiglia, les 228 globes terrestres lumineux réactivent ce geste : multiplier l’image du monde jusqu’à transformer un objet familier en présence presque abstraite.

Un globe terrestre sert habituellement à représenter le monde, à le réduire à une échelle lisible et manipulable. Multiplié, il change de nature. L’objet de connaissance devient rythme et lumière. La répétition intensifie la présence de la Terre jusqu’à faire vaciller l’image même que nous nous en faisons.

La vidéo et l’installation se répondent par leur manière de transformer le visible. Dans un cas, Ange Leccia fait basculer la Méditerranée jusqu’à lui retirer son horizon. Dans l’autre, il répète la Terre jusqu’à lui faire perdre son évidence. Ces gestes sont simples en apparence. Pourtant, ils modifient profondément notre perception. Ce que l’on croyait familier devient instable. Ce que l’on pensait maîtrisable se dérobe.

L’église du couvent de Morsiglia accentue cette expérience. La verticalité de La Mer répond à celle de l’architecture. La lumière répétée des globes dialogue avec la durée silencieuse du lieu. Plusieurs régimes du temps s’y croisent : celui, historique, des globes terrestres, qui portent des frontières, des noms et des découpages appelés à changer ; celui, plus cyclique, de la mer, que l’on a longtemps pensée comme extérieure à l’histoire humaine.

Aujourd’hui, cette séparation n’est plus tenable. L’Anthropocène rend sensible le fait que nature et histoire ne peuvent plus être pensées à distance l’une de l’autre. La mer elle-même entre dans une temporalité de l’altération, de la transformation et de la vulnérabilité. Les globes et la mer, l’objet historique et l’élément naturel, font apparaître chez Ange Leccia un monde commun, exposé à sa propre fragilité.

Présentée à Morsiglia, La Mer Monde constitue une extension de l’exposition Atlantropa n’aura pas lieu, visible au même moment dans les salles du FRAC à Corti. Là où Atlantropa n’aura pas lieu interroge les projets d’aménagement, de maîtrise et de transformation de la Méditerranée, Ange Leccia choisit une autre voie : celle de l’attention. Une mer, des globes, une rotation, une répétition. Cela suffit pour faire apparaître un monde dont ni l’histoire ni la nature ne garantissent désormais la permanence.